La Sibérie est plus proche qu’on ne croit … par contre, pour la Roumanie, c’est beaucoup plus loin que prévu …

14/12/2012 § 2 Commentaires

Mes enfants, cette histoire mérite d’être contée … et je vais m’empresser de revêtir mes vieux habits de KiWi (dans toute la splendeur de la bonne époque) pour vous la relater … Parce qu’un KiWi reste un KiWi quoi qu’il advienne … Faites un petit cercle autour de moi, groupez vous pas loin du feu, installez vous confortablement et imaginez une nuit noire, froide, glacée même … Sous la neige (si, si, la neige ne s’est pas faite attendre cette année, elle a déjà pointé le bout de son nez …).

4h du matin, le KiWi engourdi, les yeux encore mi-clos (de fatigue … l’ingurgitation intempestive de Jet 27 datant de 56 heures n’y étant pour rien …) me voilà trotti trottant finissant une petite valise pour partir dans la contrée des gymnastes surentrainées, la Roumanie !! Si la neige et le froid avait été envisagés et un tant soit peu planifiés sur le KiWiland, tel ne fut pas le cas pour le reste du voyage … (Bien qu’heureusement je n’avais pas mis de maillot de bain dans cette valise … Par contre, j’ai des super bottes de neige !!! J’adoooooorree mes bottes de neige…).

Évidemment ayant fait dans le local typique, ce n’est pas à Bucarest, que je vais vous emmener mais à Iasi, (prononcez « iyAtche ») ville roumaine proche de la frontière moldave, située à 1000 et qqs bornes de Vienne … Vienne toute de blanc vêtue, avec ses paysages enneigés… Vienne donc qui a servi de transit depuis le KiWiland pour accéder au pays bleu, jaune et rouge …

Ayant fait le choix de la qualité de l’accueil vermillon des hôtesses de l’Austrian Airlines, c’est avec une ponctualité toute typique des pays germanophones que nous sommes montés a 10:30 pétante une petite cinquantaine dans le bus pour nous mener à l’avion … Et quel avion … !!! Quand j’ai vu la silhouette se dessiner dans le brouillard, j’ai eu un moment d’effroi … Le Fokker 50 (à hélices) … Le même que le Londres Luxembourg, ce fameux matin ou j’ai failli rater l’avion (ou j’aurai du le rater) et ou j’ai failli perdre la vie secouée telle une cacahuète dans une boîte en zinc … ce fichu tas de ferraille de plusieurs tonnes avec les ailes pliées en 4 sous les effets de la non moins fameuse tempête – alerte orange de juillet 2010 … Un point positif pour cet avion que je connais désormais intimement (il m’a laisse qqs bleus et jai du enfoncer mes griffes de KiWi sur a peu près chaque centimètre carré des accoudoirs) le point positif, disais-je, c’est que je sais que s’il est équipé de bons pilotes, on arrive dans un état proche de l’arrêt cardiaque, mais on arrive … Et c’est plutôt positif …

Je me remotive devant la découverte du temps de trajet :1h30, une bagatelle ! Le décalage horaire avec Iasi est une bonne nouvelle … Arrivée prévue a 12:55 … Évidemment pendant le trajet, je me retrouve parmi un groupe de néerlandais (schmulk-bluk-debluk) qui n’avait qu’une hâte, celle de me faire partager leur joie d’aller chasser le sanglier à Iasi … Leurs fusils de chasse étant en soute, je me suis dit que tout était encore sous contrôle quand je les ai vu s’enfiler la bière autrichienne hardi petit …

J’étais toute à mon observation du chasseur hollandais de sanglier roumain (ce qui me faisait presque oublier les assourdissantes hélices), quand le capitaine a eu la bonne idée de prendre le micro et au lieu de nous passer une petite valse pour nous détendre et accompagner notre petit café, il a jugé bon de nous faire part de ses doutes concernant notre atterrissage … Tu vois ma tête quand un commandant de bord dit « bon, je sais pas trop, j’hésite, je vous tiens au jus …tschu » …

Donc, au vu de la neige (vide intérieur 1), du verglas (vide intérieur 2), de la tempête (ou blizzard) et donc du vent très fort qui sévit sur Iasi (vide intérieur 3), l’atterrissage est compromis … Mais il va essayer … (Non s’il te plaît te sent pas obligé …) … Des tours et des tours plus tard dans le ciel (et moi qui imagine l’aiguille du carburant qui baisse progressivement … dans la Myto Caribou je connais bien cet indicateur orange jusqu’au moment au l’autonomie affiche  » – – – – » …) le capitaine décide de redécoller (si si il remet plein gaz) et annonce 5 min plus tard qu’on se dirige vers Bucarest car Iasi a finalement son aéroport de fermé … Ok … Bucarest – Iasi 420 bornes tout va bien …

(Une question m’étreint : y’a 1h30 et qqs, nous ne savions pas que l’aéroport où nous allions était fermé ?? Simple question … parce que bonjour l’environnement, déjà qu’on se trimbale 5 chasseurs visant l’éradication du sanglier roumain … ok, je dis plus rien …)

Les gens commencent à former des scénarios : prochain avion, train, retour Vienne, hôtel à Bucarest … Les dames en rouge tentent de calmer la populace en nous rappelant qu’Austrian Airlines va s’occuper de nous à l’arrivée (mais en même temps, le rouge chaleureux de leur robe+collant+chaussures a viré au rouge « faites pas ch… ») … Et bon sang, ils n’étaient pas trop pressés de s’occuper de nous, les Austrian Airlines … Attente des valises… Attente du responsable … Attente des sandwichs (qui devaient aussi avoir attendu très longtemps vu leur sécheresse…) … Petite musique flûte de paon pour nous faire patienter (spéciale dédicace à Meuric)… attente du bus !!!!

Du bus !!! Ça sera donc le bus qui va nous emmener à Iasi sur les routes enneigées … De quoi voir le paysage car c’est un bus « un peu lent » (déjà pour arriver ensuite) pour rouler, sans compter les conditions climatiques : il faut compter 7 à 8 heures de bus pour Iasi … Ambiance !! Ça commence à se fighter en roumain .. Le KiWi pige que dalle, mais compte les points : la dame en rouge qui y est pour rien , les passagers non plus et cette foutue neige qui est enlevée par pelleteuse caterpillar sur les pistes de l’aéroport de Bucarest …finalement c’est la neige qui gagne toujours … On perd 10 personnes à « l’embarquement » (dont les chasseurs qui se sont lassés de guetter le bus, cachés dans le hall d’entrée tout froid) et finalement on se retrouve en route pour Iasi … Petite musique régionale … Je m’endors pour la première fois depuis ce matin 4h, les pieds brûlants sur le chauffage du dessous, le nez au froid de la clim du dessus, la tête dans le pâté …

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L’excursion organisée de l’Austrian Airlines … 8h de bus Atlantic Tour … y’a la télé et la radio (roumaine) … et du chauffage (sauf si on passe la nuit dedans, parait-il)

Les paysages sont désespérément blanc, la route glisse, et le soleil se couche déjà …

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A bord du bus … a la sortie de Bucarest … même le soleil a décidé de ne pas monter avec nous …(il devait savoir pour la suite …)

Premier arrêt au bout de 3 heures dans le restau au bord de la simili autoroute (on roule à 70 maxi qu’on soit clair). Arrêt pipi (obligatoire car si l’envie t’avait traversée l’esprit 2 secondes d’utiliser les toilettes du bus, tu oublies…) dans une espèce de Wild Wild West ou tout le monde te fixe du bar … Et là, le KiWi qui commence à se faire des amis en demandant l’arrêt du barbecue de ses pieds et la réduction de la congélation des nasaux, reçoit l’information qui tue : les routes sont coupées à cause du blizzard … Rien ne passe … Y’a plus de route …

On a fait à peine la moitié du trajet, doit-on faire demi tour ??? Et là socialement, c’est intéressant ! Car un groupe de passagers, ça a une vie propre … on avait déjà perdu des potes en chemin qui voulaient rester à Bucarest et tenter le prochain avion (bon, je pense pas qu’ils soient déjà arrivés vu que fermé pour fermé, au final t’as un aéroport fermé..hein) mais là, le débat est ouvert entre les passagers sur les options : retour Bucarest, train 1 depuis Bacău ou train 2 depuis Focșani ou mini bus pr Iasi pour éviter l’interdiction de rouler des plus de 2 tonnes ??

Évidemment il n’y a plus de dame en rouge accueillante pour nous guider, on doit s’auto-gérer et mine de rien, des guides « locaux » passagers (et roumains de surcroît fermement décider à faire l’auto promotion du pays) prennent les choses en main … Un iPad et une faible connexion internet plus tard, on repère un train, on regroupe nos Lei (monnaie roumaine) car on est short côté timing – donc on fait efficace au guichet – et nous voilà dans une gare au beau milieu de nul part sous 2 mètres de neige à attendre le train !!! T’as même le droit de traverser les voies enneigées pour changer de quais ! Incroyable … Au cas où tu aurais aussi envie d’attendre le prochain train pour qu’il te passe dessus, désespéré que tu es du voyage le plus long de ta vie …

Le train ! Une joie en soi ! Ça cahute moins que le bus qui glisse … par contre comme c’est à peu près le seul moyen pour accéder à Iasi ces jours ci, ben il est bondé … Normal … Mais y’en a encore qui ont de l’énergie dans la bande passagers : ils arrivent même à se fighter encore entre eux pour le numéro de la place réservée dans le train (serait-ce finalement la nature germanique de certains qui réapparaît au galop?)… Les valises qui ont traîné dans 2 mètres de neige dégoulinent sur les fauteuils (une pensée nostalgique pour mes petits scouts crados de La Louvière qui me faisaient eux le coup de la boue…) Et le sandwich séché commence sérieusement à se faire regretter … Arrivée prévue 23:30 à la gare, il restera encore le chemin jusqu’à l’hôtel avant le Graal: une douche et un lit !! :))

Arrivée a Iasi, c’est effectivement la tempête  Il y a de la neige jusqu’à la hauteur du marche-pied du train … une bonne cinquantaine de personnes y descendent. La traversée de la gare n’invite pas à la promenade… elle offre un refuge pour les sans-abris de la ville malgré l’air glacé du hall. Ils se réchauffent comme ils peuvent … leur grand nombre et leurs conditions restera un choc. Mais il faut vite déjà partir, les 5 taxis devant la gare sont pris d’assaut et me voilà (presque) seule à attendre que des « voitures » (ou glisse-neige) fassent leur apparition dans le grand blanc. Les conditions météo sont au delà de tout ce que j’ai pu imaginer … même un Fokker 50 suréquipé pour les tempêtes  oublie !! Les voitures s’enfoncent dans 50cm de neige, creusent des tranchées  elles glissent, font des dérapages de folie, qqs 4*4 s’en donnent à coeur joie … à ce niveau là, ce sont les chaines qui devraient être obligatoires …

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Piața Unirii, Iași … après 20h de trajet, enfin à destination … ils ont même eu le temps de faire le sapin avant que j’arrive …

Sur le parvis de la gare, le KiWi devant le désastre  avec son regard de chien battu (et la croyez moi y’en avait pas beaucoup de chiens dans les rues, tellement on se gelait les grelots…), est pris en pitié par un sauveur (merci, merci!!) qui me propose de me déposer avec le taxi devant l’hôtel  L’hôtel n’est pas très loin mais c’est taxi obligatoire ou je finis gelée sur un trottoir avant d’atteindre mon but (et on me retrouvera à la fonte des neiges en Avril…)… Mon sauveur, un habitué des lieux m’avoue qu’en ce moment, la météo met un peu de chaos dans la ville (sans blague.. c’est pas tous les jours comme çà??) …ce sont des pelleteuses et des camions bennes qui viennent déblayer les rues … 20 min de glissade en taxi plus tard, j’arrive enfin a l’hôtel !! OUF !! quel périple !!

A mon réveil, le lendemain, le blizzard a cessé … faisant place à des tonnes de neige a déblayer … mais ce n’est qu’une fois arrivée àbon port, qu’ autant de neige peut commencer a s’apprécier (imagine la taille des bonhommes de neige !!! XXXL tous les 2 mètres) …toutefois, les températures restent un peu fraîches pour oser risquer le nez dehors plus de 30 minutes:  – 21 au compteur !!! J’avais les poils de nez gelés !! impossible de respirer plus de 3 secondes sans se boucher les nasaux …je bénis la bonne idée qui m’est venue lundi d’acquérir une bonne paire de bottes de neige (les fameuses!!). J’ai marche sans encombre avec de la neige jusqu’au genou… ! Je n’ai pas glissé une seule fois !! J’étais pas peu fière !!

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Disons que dans cette situation, vaut mieux avoir une pelle a neige … ou un bulldozer à disposition …

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On est pas là pour rigoler … – 21, j’ai la preuve ! (allez allez je vous vois, dubitatifs que vous êtes …)

Ne vous en faites pas j’ai su me gâter comme il se doit … l’aventure, ça creuse ! Avec ce froid, heureusement qu’on peut compter sur la bonne cuisine roumaine pour reprendre des forces! Et je me suis régalée: la soupe au poulet est divine, le boeuf sauce au vin délicieuse et les crêpes au fromage, mes enfants, à vous faire retraverser toute la Roumanie en bus et en train à nouveau (enfin, quite à choisir, je préfère tout de même le train, au moins c’est sur qu’il y arrive jusqu’aux crêpes !!) Ça valait le coup de faire ce petit détour … par contre, ne me demandez pas de vous donner les noms en roumain … j’ai déjà oublie !!

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ciorba de quelquechose … :) mais y’avait du poulet, carotte, celeri, creme et vinaigre … hmmm

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le boeuf sauce au vin et ses petites asperges parsemées de fromage .. le tout accompagné d’une (vraie) limonade …

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les crêpes fourrées au fromage doux et petits raisins secs (si, si y’avait encore un peu de place dans mon estomac après le jeûne de la veille …)

Vendredi, 10 minutes de visite avant de remonter (déjà) vers l’aéroport  (37 heures après l’arrivée) … le temps d’aller voir le fameux tilleul d’Eminescu dans le Parc Copou, proche de l’Université A. Ioan Cuza … Et pour la peine, autant vous en raconter un peu plus que sur Wikipedia, car certes les habitants de Iasi sont attaches a cet arbre, qui a servit d’inspiration au célèbre poète, Mihai Eminescu, mais il y a une (vraie) petite légende autour de cet arbre. Ayant déjà traverse plus d’un siècle  l’arbre ancestral commençait à montrer des signes de faiblesse (normal en même temps, t’as vu les hivers qu’il traverse !!)…de telle sorte que le vieil arbre a nécessité qqs aménagements: des soutiens par de grands tuteurs, des bandes … jusqu’au jour où tout semblait terminer pour lui… la ville a donc pensé planter un jeune tilleul à ses cotés pour lui succéder … et là, survient le miracle: le petit tilleul n’a pas survécu … par contre le vieux s’est renforcé … il semblerait qu’il soit déterminé à traverser encore qqs années (siècles?) dans le parc de Copou prés du buste d’Eminescu …

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Le tilleul centenaire

Le tilleul centenaire

L’aéroport de Iasi est tout minuscule, j’ai enfin compris pourquoi le pilote a tant hésité … il n’aurait même pas vu la différence entre la piste et le reste … Le temps de mettre des chaines aux pneus de l’avion (non? on ne fait pas ça sur les avions non plus ici? bon ok …), nous voila repartis vers de nouvelles aventures … J’ai retrouve avec plaisir certains de mes compagnons d’infortune de mercredi :) le temps d’échanger la suite de notre voyage: la chasse au taxi et nos dernières 24h dans la ville ensevelie (et le concert de jazz de l’hôtel qui a accompagné ma grosse fatigue du voyage de la veille, à faire trembler le sol de ma chambre … la chanteuse était très bien … par contre, j’ai pas trouvé la télécommande pour diminuer le son … elle avait eu la permission de 2h du mat’ et moi, je voulais qd même dormir un peu …mais soit! j »ai eu mes chants de Noel jazzy cette année … ça s’est fait …!!)

manque que les petits pingouins (gelés) sur la piste avant le décollage …

PS: je ne sais pas si les chasseurs néerlandais trouveront leur bonheur a Iasi, s’ils arrivent surmonter les tas de neige de 2 mètres de haut… peut être qu’ils trouveront un sanglier déjà tout congelé en dessous …

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